La nouvelle mythologie
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Après le calendrier Maya, parlons maintenant d'un
autre pilier du New Age : les crânes de cristal.
Il s'agit de prétendues antiquités amérindiennes,
prétendument découvertes au début du
XXe
siècle. Ce sont des crânes humains taillés dans du
cristal de roche.
Le milieu New Age, sans aucune preuve ni assise
historique ou traditionnelle véritable, affirme
aujourd'hui qu'il y a 13 crânes de cristal dans le
monde, que ceux-ci proviennent de la civilisation
Maya, qu'ils contiennent une somme d'informations :
la connaissance universelle, et que leur réunion
engendrera un jour la révélation. La réalité
objective, nous allons le voir, est pour le moins,
très différente.
L'origine et le principal appui historique de ces
croyances mystiques autour des crânes de cristal
viennent pour l'essentiel des affirmations d’Anna
Mitchell-Edges. Pour faire court, Cette dame prétend
avoir découvert (avec son père adoptif, aventurier
britannique haut en couleurs) le plus connu parmi les
crânes de crital, dans les années 1920-1930. Elle en
fût propriétaire toute sa vie. Elle l'a elle-même
baptisé : "le crâne du destin funeste".
Les enquêtes menées par des gens sérieux et
intéressés par le sujet, tout en sachant rester
objectifs, portent à croire que les récits
romanesques et enthousiasmés qu'elle a faits de sa
découverte sont de pures élucubrations.
Aucun spécialiste authentique n'a jamais affirmé avec
certitude le caractère antique de ces sculptures, et
encore moins leur origine amérindienne qui a toujours
été considérée comme très douteuse.
Les trois principaux crânes à l'origine de cette
légende moderne sont :
- le crâne
"du destin funeste"
(le plus beau et le plus parfait)
- le crâne de Londres (British Muséum)
- le crâne de Paris (d'abord au Musée de l'Homme puis
au Musée du Quai Branly)

Crâne
de cristal de Paris
Tous trois sont de factures très disparates et ne
donnent pas du tout l'impression de faire partie d'un
ensemble homogène voué à être rassemblé.
Les recherches menées dans les archives des musées,
antiquaires et salles de ventes montrent que les
crânes de Londres et Paris viennent tous les deux du
même antiquaire parisien : le célèbre Eugène Boban,
ayant ouvert boutique dans le 5e arrondissement de
Paris en 1869 après plusieurs années passées en
Amérique du Sud. Ses longues années de voyage, son
expérience et les nombreuses antiquités qu'il a
ramenées ont fait de lui un "spécialiste" reconnu et
crédible. Mais faut-il rappeler qu'il est avant tout
un commerçant sans aucune formation véritable en
archéologie ?
Il est amusant de constater que les conservateurs du
British Museum justifiaient la présence dans leurs
murs d'une pièce aussi douteuse en expliquant que
Paris en avait un, et Paris s'excusait de même en
disant que Londres en avait un...

Crâne
"du destin funeste"
(dont la mâchoire est
articulée)
Ce qui participe le plus à entretenir le mythe, c'est
la perfection des sculptures, particulièrement celle
du crâne du destin funeste. Perfection d'autant plus
"surnaturelle" si ce sont des peuples antiques qui
les ont fabriqués, ou du moins détenus !... Beaucoup
s'évertuent à dire que la finition est tellement
parfaite que même aujourd'hui, nous ne serions pas
capable de sculpter un tel crâne. Et la porte est
ouverte à de nouvelles conjectures et extrapolations
: origines extraterrestres ?...
Reposons maintenant les pieds sur terre. Je ne suis
pas un scientiste, un positiviste, ni un cartésien et
je ne partage pas bon nombre de présupposés du monde
scientifique, incrédule parmi les incrédules. Mais il
y a tout de même certains progrès à ne pas négliger
et certaines expertises scientifiques qui, à défaut
d'être parfaites et absolues, méritent d'être
entendues.
Des expertises scientifiques ont été menées ces 10
dernières années sur les trois principaux crânes.
Crâne
de cristal de Londres
Le crâne de Londres
a été étudié au microscope électronique : il présente
des traces évidentes d'utilisation d'outil rotatif
(meule abrasive). Il présente aussi des inclusions
microscopiques typiques des cristaux de roche que
l'on trouve au Brésil et à Madagascar, mais
certainement pas au Mexique (prétendue origine).
Nous pouvons préciser à ce stade que l'afflue
d'occidentaux en Amérique du Sud, à la fin du XIXe
siècle, pour la plupart attirés par les civilisations
mystérieuses fraîchement découvertes, ont engendré
malgré eux les premières formes de travail
touristique. En effet, certains indiens faisaient
déjà des copies et objets fantaisies pour les vendre
aux occidentaux et se faire un peu d'argent. Les
meules mécanisées pour travailler la pierre faisaient
déjà partie de leurs outils.
Mais
le crâne de Paris
a fait l'objet d'une investigation beaucoup plus
poussée car les Français ont un accélérateur de
particules. Ils ont appliqué la méthode de datation
par l'hydratation du quartz (voir votre prof de
physique). Cette méthode ne permet pas une datation
précise, mais par comparaison avec d'autres
antiquités,
on voit que ce crâne ne peut pas avoir plus de 200
ans.
Et l'observation au microscope électronique permet de
faire les mêmes observations que pour le crâne de
Londres.
Un quatrième crâne, un peu moins connu, fut envoyé
anonymement par la poste à la Smithsonian Institution
en 1992, avec un petit mot précisant qu'il avait été
acheté en 1960 en Amérique du Sud. Sur celui-ci, qui
fait officiellement partie de la liste des crânes
mystérieux, on trouve carrément à sa surface des
traces de carbure de silicium. C'est une matière
synthétique, abrasive et très dure, utilisée pour
enduire les meules à pierre pour obtenir une finition
lisse. Cette technique existe depuis les années 1950.

Pour finir,
le crâne du destin funeste
a fait l'objet d'une expertise en 2008 au microscope
électronique : il y a des marques d'usinage
"moderne", probablement avec un abrasif diamant.
On peut déplorer que la datation effectuée sur le
crâne de Paris n'est pas été menée avec d'autres
crânes. Mais de telles expertises coûtent
excessivement cher pour un mythe qui tombe doucement
en miette.
Nous n'avons que 4 crânes sur 13 et ce sont
probablement des faux...
S'agirait-il finalement d'une grosse escroquerie
archéologique ? Ce ne serait ni la première, ni la
dernière. Il faut reconnaître que plus on se penche
sur le sujet, plus le sol fuit sous nos pieds. Il n'y
a aucun fondement solide à cette histoire, qui a
remporté son plus franc succès dans les années 70 aux
USA, en pleine vague New Age.
Pour conclure : voici un reportage très intéressant
passé sur France 5 :
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